Alastair Reynolds – Sur l’écriture

Voici la page d’Alastair Reynolds sur l’écriture dont il m’avait donné la permission de traduire. Alastair Reynolds, auteur de SF du pays de Galles, a notamment écrit : « L’espace de révélation », « La cité du gouffre » ou « Janus ».

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Regardons les choses en face – la plupart du temps, l’écriture passe tout simplement par le problème de s’asseoir en face d’un clavier (ou machine à écrire ou ordinateur portable) et se forcer à sortir les choses, avec autant de joie ou de douleur qu’il faudra. De manière générale, je n’aime pas beaucoup le processus de création de la première ébauche. Il a ses moments intéressants, indéniablement, mais pour moi le vrai boulot d’être un écrivain est de réécrire, et c’est la partie que j’attends avec impatience. Le reste est généralement une sorte de corvée. La rédaction d’un premier projet est comme tirer une corde à travers un abîme: un mince fil léger qui permettra à une plus lourde corde d’être tirée en travers, qui à son tour permettra de construire une sorte pont de corde fragile façon Indiana Jones. Alors que je veux être entrain d’ajouter les volutes décoratives et feuilles d’or sur la structure métallique merveilleusement élégante et robuste que tout cela va amener, huit ou neuf itérations plus tard. Mais cela doit être fait: c’est, en un sens, la raison pour laquelle je suis payé, parce que la révision (de texte) ne semble pas être du travail du tout.

Je ne pense pas que j’ai abordé un livre avec exactement la même approche mentale que la fois précédente. Parfois, je fais une planification plus consciente, d’autres fois je fais confiance à mes instincts et plonge sans une lueur d’idée de l’endroit où je me dirige. D’une manière générale, je fais moins de planification et plus d’écriture -, mais le point est que, nécessairement, je dois m’attendre à faire beaucoup de tailles, de coupes et de déplacements alors que j’essaie de forcer le texte dans une sorte de vague forme romanesque. Inévitablement, cela entraîne le rejet d’un lot de paquet de mots, mais c’est un prix que je suis prêt à payer, la plupart du temps. De manière générale, j’ai tendance à mettre en place trop de matériel préparatoire dans la première partie d’un livre – mise en place des personnages, mise en scène, et ainsi de suite – ce qui signifie que le moteur de l’histoire n’intervient que trop tard dans le roman. À un certain point dans l’écriture d’un livre je me rends compte de cette situation et j’ai à éliminer – ou d’une certaine façon repositionner ou réutiliser – des dizaines de milliers de mots qui entravent la suite. Dans « La pluie du siècle » la réunion fatidique entre Verity et Floyd arrivait trop tard, quelque part au milieu du livre. J’ai dû sortir à la tronçonneuse d’énormes blocs de trame de fond et de digression pour obtenir la réunion se produisant quelque part près de l’endroit approprié. Je suis passé par la même chose avec « Janus » – des tonnes de choses supprimées juste pour que je puisse avoir le Rockhopper (vaisseau spatial) échoué sur Janus plus tôt. Au moment où j’ai écrit Terminal World (non traduit en français – 2010) j’étais douloureusement conscient de ce danger, et je m’efforçais tout le temps de faire avancer l’histoire aussi rapidement que possible, mais c’est encore arrivé et une grand part des cinquante mille premiers mots ont dû être supprimés. Je suppose que cette tendance est similaire à cette loi qui dit que tous les projets complexes prennent vingt pour cent de temps en plus que prévu au début, même si cette loi est prise en compte.

Deux outils principaux m’aident à contrôler la structure au cours de ce processus de coupe / révision. Sur l’écran, je me sers de texte en couleur pour délimiter les brouillons: noir pourrait signifier première ébauche, bleu deuxième, troisième vert et ainsi de suite. L’objectif est de continuer à travailler sur le fichier jusqu’à ce qu’il soit tout vert, ou violet, ou la couleur que vous choisissez pour indiquer que la prose est pratiquement terminée. Je trouve extrêmement utile d’être en mesure de faire défiler rapidement le fichier et de voir les blocs de couleur. Sur un autre plan, je vais aussi de temps en temps utiliser la couleur pour garder une trace des points de vue, de sorte qu’un livre ou une histoire ne devienne pas déséquilibré.

Au-delà du PC, l’outil de loin le plus utile dans mon étude est un tableau blanc. Je me suis habitué à en avoir un dans mon bureau quand je travaillais en tant que scientifique, trouvant une aide précieuse à l’organisation de mes pensées et j’y écrivais des rappels pour moi-même. C’était une extension naturelle d’en acheter un pour un usage domestique – avec une sélection de marqueurs de couleur (vous ne pouvez jamais avoir trop de couleurs, je trouve). Le tableau blanc dans la photo en haut de la page a été acquis à l’époque où j’ai écrit « Janus », et je l’ai utilisé pour « Terminal World » aussi. Généralement il n’est pas entré en action avant que le roman soit environ à moitié écrit, à ce stade je trouvais que j’avais besoin de dessiner les fils de l’intrigue ensemble. Sur le tableau blanc, vous pouvez espérer obtenir un aperçu de la façon dont j’organise les blocs structuraux d’un roman, accompagné par des notes brèves sur ce que le contenu d’un bloc donné devrait être, et la longueur de mots désirée. Sur le chemin il y a des déclarations énigmatiques comme « vapeur d’organes comme système de survie » ou « son identité d’ange ne peut plus être cachée » – des idées et des indices griffonnés à la hâte, dont tous n’auront pas d’échos reconnaissables dans le livre fini. Ce que vous voyez ici est le tableau blanc à la fin du roman, bien sûr vous ne voyez pas les étapes par lequel il est passé, et – non – elles ne sont pas enregistrées pour la postérité.

C’était bien beau, mais avec en tête la trilogie 11K (le 1er nom fut « Poseidon’s Children », une trilogie suivant le développement de l’Homme sur 11000 ans) commençant à planer, j’ai réalisé que j’avais besoin d’un plus grand tableau blanc. D’où, le beaucoup plus grand, et le strict plan de l’histoire qui aura lieu dans le premier livre. Encore une fois, quelques notes cryptiques: « crime lent », « Ching passif et actif », « études de la cognition de l’éléphant », « golems et claybots », ainsi que les intentions thématiques – « établir un contraste saisissant entre la Lune commerciale et la Mars sauvage et vierge » .. . et ainsi de suite. Combien de ce genre de choses va filtrer jusqu’au livre fini est le hasard, mais je pense que juste un peu le fera.

Crocodile en plastique trouvé durant la marche de la ville.

Cela aide également, à mon avis, d’avoir un peu de musique à écouter. Comme vous pouvez le voir, je ne suis pas la personne la mieux organisée quand il s’agit de ma collection de CD (dont la photo montre environ la moitié). Oui, je suis un homme de la cinquantenaire.

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Publié le 6 janvier 2013, dans Ecriture, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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