Des fleurs pour Algernon

Première chronique de nouvelle pour le challenge « Je lis des nouvelles et des novellas » avec la célèbre nouvelle de Daniel Keyes: « Des fleurs pour Algernon ».

En préambule, je voudrais préciser qu’il s’agit de la nouvelle « originale » d’une trentaine de page que l’on peut lire à la fin de l’ouvrage « Algernon, Charlie et moi. Trajectoire d’un écrivain » aux éditions nouveaux millénaires. La nouvelle reçut le prix Hugo en 1960. A ne pas confondre avec la version roman du même titre.

Algernon-couv

Algernon est la nom d’une souris blanche à qui une opération chirurgicale a triplé le niveau d’intelligence. Charlie, trentenaire déficient intellectuellement, est le premier cobaye humain qui va subir la même opération. Une opération qui devrait tripler son QI (de 68 points).

Daniel Keyes, nous plonge directement dans la peau de Charlie, adulte à l’écriture très approximative et difficile qui perçoit le monde sous un regard naïf. La nouvelle est le compte rendu écrit par Charlie, sorte de journal intime. On s’amuse souvent à la compréhension décalée de Charlie, ce qui nous parait évident est bien différent et complexe pour lui. Mais Charlie veut comprendre, il voudrait être comme les autres : intelligent, alors il prend des cours de lecture et d’écriture et ira même à servir de cobaye sans bien comprendre les tenants et aboutissants de l’opération. Une seule chose compte : devenir intelligent, être comme les autres. C’est une motivation que l’auteur rend à la perfection et rend le personnage expremement touchant.
Le coeur de l’histoire relate son progressif changement de perception du monde avec la montée de l’intelligence.
Elle l’oblige à reconsidérer cruellement sa vision du monde et des hommes. Quels étaient donc ces amis qui se riaient de lui sans que lui-même le comprenne ? Quelles sont les motivations des gens ? Pour Charlie le monde perd sa couleur plutôt rose pour se décliner en dégradé de gris. Et au delà de son désir d’intégration au monde en devenant plus intelligent, c’est de la tolérance et du regard des autres dont nous parle Charlie.
Après avoir atteint des sommets d’intelligence, Charlie redescendra aussi vite la pente de l’intelligence pour se retrouver au stade de départ, perdant la perspicacité difficilement acquise lors de son changement psychologique, et le lecteur souffre en pensant à ce retour en arrière, ce retour à un environnement où les gens le traiteront à nouveau différemment.

Cette nouvelle a toujours été à mes yeux une perle sur les problèmes de la tolérance et le regard des autres, non parce que le sujet soit nouveau – malheureusement ? – mais par la capacité de l’auteur à nous faire vivre celà à la première personne. L’opération qui rend Charlie intelligent est un magnifique outil pour modifier la compréhension du monde et changer le point de vue sur une situation sans changer de narrateur.
Emouvante et intelligente, c’est une lecture que je conseille à tous, quelques soient vos préférences de lecture; de plus le reste du livre traitant de la vie de l’auteur et de la génèse de cette histoire, cela ne manquera pas d’intéresser les auteurs en herbe.

Un dernier mot sur le classement de la nouvelle en Science-fiction. J’ai pu lire parfois que certains la sortaient de ce genre (peut-être parce qu’ils ont du mal à accepter le fait d’aimer un texte s’il appartient à la science-fiction 🙂 ) parce que le texte ne contient pas de gadgets futuristes ou n’est pas centré sur une technologie futuriste. Je crois que c’est bien mal connaître la SF, un genre où la technologie ou la projection dans le futur, spécialement dans les nouvelles, est souvent un moyen de parler de notre présent ou de mettre en d’autres situations des personnages. Pour moi, Des fleurs pour Algernon, est effectivement de la SF – écrite en 1960 – qui emploie une technique de chirurgie avancée (dont nous ne savons rien) pour faire progresser l’intelligence.

A bientôt pour la suite du challenge…

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Publié le 20 janvier 2013, dans Chronique, SF, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. 8 Commentaires.

  1. Bonjour Nicolas,

    Tu m’as convaincue. Un sujet qui me passionne. Je ne connaissais pas ce livre. Je vais le lire. Merci.

  2. Bonsoir Nicolas,
    Je connaissais en fait la version roman, pas la nouvelle, mais ta chronique fait envie ! Et effectivement, je te rejoins tout à fait sur ta définition de la SF qui ne contient pas toujours de la « quincaillerie futuriste » comme dirait Pierre Bordage.
    A bientôt,
    Jérémie

  3. C’est rare d’entendre parler de ce bouquin.Bouleversant. je me rappelle encore du choc émotionnel, la lenteur du processus, surtout pour la redescente. Mon cher et tendre m’avait recommandé cette lecture, mais la façon dont il me l’avait présenté était ennuyeuse. Quelque chose m’a titillé cependant, derrière ce titre étrange, et j’ai chialé toutes mes réserves. Les enjeux sont de tailles: l’idée de la mort, la perte de conscience, et phénomène rarement abordé: la prise en compte des bénéfices de l’intelligence, avec cette possibilité de retrait. ce deal avec le lecteur (cadre très bien posé) depuis le début qui rend nécessaire l’acceptation de la suite, et quelle suite.
    A l’occasion de nos échanges je réalise à quel point j’ai été marquée par des textes bien plus fort que je ne l’aurais cru. J’ai relu le texte de Bénédicte et j’entendais dans ma tête sa petite voix grave, alors qu’elle nous a lu la premiere version de ce texte une fois, il y a deux ans. Et la lecture de ton post réactive la case Des fleurs pour Algernon, que j’ai lu il y a 12 ans. des expériences à portée de cerveau. à un clic?;)
    A+

    • Bonjour Mathieu,
      Tu parles très bien de ce livre et comment il a marquer toute une partie du lectorat traditionnel SF. J’avais découvert ce livre par l’intermédiaire de l’autobio d’Asimov (« Moi, Asimov ») qui disait avoir été boulversé par la lecture de ce livre. Le résultat fut identique pour moi, il m’a renvoyé à beaucoup de choses vécues et la déchéance intellectuelle arrivant c’est évidemment un reflet de ce qui nous attend tous à la fin de la vie (à moindre échelle, éspérons, mais pour la mémoire c’est assez certain).
      Je me demande si tu es un Mathieu que je connais en d’autres lieux virtuels ;-).
      A+
      Nicolas

    • Je viens tout juste de comprendre qui tu es MATHIEU, merci d’être passer laisser un message en ces lieux et à très bientôt ;).

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